• Ep.1

    Le chien et le loup. Le bleu et le gris. Le flou.

    1. Les premiers rayons de soleil.
    La ville était bleue. Le pavé humide.
    La concorde enroulée dans les limbes de la brume.

    J'ai navigué entre le jour et la nuit.
    La lumière rosée, un peu froide.
    Mes phares à peine audibles, discrets. Comme un point fixe sur l'horizon.

    Les doigts engourdis, j'ai vogué entre deux mondes et, au bout du chemin, mes doigts ne se pliaient plus. Le sel avait grippé mes articulations. Une sorte d'arthrite nocturne.

    Je t'ai senti respirer doucement. Je me suis rappelé de ces matins alcoolisés, la tête enfoncée dans le sable noir. Ce sable fou et froid de s'être assoupi durant toute la nuit. Ma terre sans vie.

    Cette immensité mouvante était parfois inquiétante. Des astres morts depuis des millions d'années y scintillaient et s'y miraient. Quelque chose de presque narcissique dans leur vacuité morbide. Disparaissent, et réapparaissait à l'heure dite.

    Chaque matin l'immuable lutte. Chaque matin la nuit cédait du terrain. Les astres se faisaient dissoudre. Les uns après les autres, ils se faisaient absorber par un autre. Un plus grand, un plus proche, un fougueusement furieux d'être toujours en feu. Chaque matin, le soleil gagnait sa vie, lueur après lueur, centimètre après centimètre. Et l'ombre reculait. 

    Moi je sentais la sueur de ce combat sans trêve dégouliner le long de mon front et creuser la surface lisse de mes rêves. Comme une rivière qui cherche son chemin vers la mer, la sueur du soleil faisait son lit dans les méandres de mes rêves. Et puis enfin sa sieste. Le souffle court et brûlant.

    La nuit était tapi, elle guettait et profitait de ce moment pour allonger ses ombres à pas feutrés. Les astres renaissaient chaque soir où le soleil se fatiguait. Les vagues de sables se creusaient doucement, imperceptiblement et puis plus nettement. Leurs flancs du gris jusqu'au noir. Jusqu'à ce tapis en velours noir qui se dépliait en une étrange cascade à leur passage.

    Je me sentais introduite dans un bal initiatique. Celui d'une nuit où Cassiopée se faisait belle pendant des heures. Enfilait ses strass et ses paillettes comme on enfile de longs gants. Je la cherchais comme le guide de mes promenades sans lune, hypnotisée par le son de l'écume. Je la cherchais comme on cherche une étoile.

    Mes phares sans son, entre le chien et le loup. Mes phares sans bruits et puis discrets. Je voguais boulevard Raspail, au son du sel et des oiseaux.
     
    crédit photo : Vava  Ribeiro 

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