• Ep.1

     
    après l'Orage
     
    1. Le ciel grondait  encore par soubresaut. Comme un animal convulsé et fatigué d'avoir tant lutter. Il avait frappé sans discernement. Sans savoir. Au hasard de sa foudre. Ni justice, ni justesse. Le ciel s'était déchiré. L'orage avait éclaté. Un son sourd, mais clair, mais net. Une détonation. l'air s'était fendu. L'explosion avait foudroyé sans prévenir. De ce genre de sons qui surprennent jusque dans le tréfonds des os et qui glacent la peau.

    J'entendais les chiens hurler le rappel. Les poules se taire. Leurs plumes et leurs caquètements s'affoler dans un étrange ballet désordonné, leur cou se plier. Ces poules étaient contorsionnistes. Tout mais une aile. Une aile chaude pour ne pas voir la fin du monde. Se préparer aux festivités.

    Les portes de la bergerie claquaient toujours dans mon esprit. Certaines brebis affolées avait préféré le précipice à cet apocalypse. Valait-il mieux mourir.

    Pourtant, le ciel avait fini par se calmer. Le vent tourbillonnait et finissait le travail. Il balayait, rangeait le k.o et effaçait les traces du forfait. Brosser les hautes herbes, plus que les caresser, les ébouriffer. Le vent était une sorte de maîtresse cruelle et dévouée pour ce ciel capricieux. Un époux pour la tempête. Comme un aboyeur, il annonçait sa venue colérique. Il lui cédait la place au plus fort de l'orage. Et il restait un peu après, tel un servile serviteur, pour nettoyer. Avec ce sourire figé et mensonger, il se faufilait discrètement entre les troncs et les boulots pour disparaître sur la pointe des pieds. Plus un papier ne volait. Tout était pesanteur étouffée. La nature était groggy. Les ruisseaux vomissaient toutes leurs eaux. Les pétales? abîmés et commotionnés. Les illusions, les idéaux.... écorchés. Mes cheveux dégoulinants, mes os portaient mes habits comme on porte un âne mort. Gris. Mes cils? Mes cils étaient tout collés. Mes oreilles bourdonnantes et sourdes.

    Parfois le vent me frigorifiait. Je le préférais dansant et en liberté.

    Moi, je contemplais blanche au pied de cette falaise découpée par le suif du ciel tout juste auréolé. Un prisme de couleurs pour se faire pardonner tous les désastres trempés. Blanche. Ma blanche avait encore ses grands yeux innocents ouverts sur le monde en décrépitude. Elle avait probablement lutter comme l'avait fait toute la nature. Il faut croire que ce monde appartient toujours aux plus forts. Ma Blanche. Elle avait appelé de ce petit chant frêle et paniqué. L'orage était un grand ténor. Un simple raclement de gorge suffisait à couvrir tout autre type de son.
     
    crédit photo : O. Rheindorf 
     

  • Commentaires

    1
    Jeudi 15 Juin 2006 à 13:35
    un passage par hazard
    J'aime bien ce texte a+
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