• Janvest l'aquapin - © Polyfractus

     
     
    Tu me chatouilles, j'aime tes moustaches tout contre mon nez pour me réveiller. Un peu de ton eau sur ma paupière, tes yeux grands ouverts et cette invitation à jouer dans le courant des marées.

    Attends-moi. Je trempe un pied. L'eau est froide. J'ai peur de me noyer. Arrête de me chatouiller. Regarde, j'essaie de nager. J'aime ta manière d'ondoyer au fil des algues et des marées. Apprends-moi, apprends-moi à nager.

    J'ai mis un pied, un deuxième. Mon genou, mon ventre, mon buste. Mes cheveux ondulaient à la surface vitrée. Je suivais tes oreilles et tes bons. Du bout des yeux. Tout autour de moi tu t’amusais. Tes galipettes dans l'eau salée. Nous avons nagé.

    Je me suis mise à ondoyer, ma colonne comme une anémone. Les couleurs électriques de la mer, mes yeux comme le gris d'une huître. Ton pelage aussi soyeux qu'une perle irisée. D'infimes bulles s'en échappaient pour le rehausser.

    Tu virevoltais, tu te cachais, tu te prélassais. J'adorais te regarder, essayer de te suivre dans ton agilité. Les algues me frôlaient, les algues me perdaient. Tu me rattrapais. Tu me surprenais.

    Un temps d'arrêt. Une envie, un défi. Nager plus vite que l'écume qui se forme sur le col de cette vague.  J'ai pris mon souffle. Il me fallait bien cela. J'ai vu tes grandes oreilles disparaître, une seconde. Juste le temps de le dire pour te voir rejaillir et courir bien au-dessus de la houle.

    Nous avons nagé. Notre course par-delà les marées. L'eau comme le support de notre élan. Ma tête plongeait aussi vite que  tes palmes fondaient les courants. Je jaillissais, comme un poisson aux ailes d'argent. Tu m'accompagnais, tes oreilles collées contre ton dos. Je t'ai vu voler. J'étais grisée. Et nos rythmes se sont accordés.

    Un instant tu as disparu, tu m'as laissé suspendue au milieu de cette immensité liquide. J'ai cru te perdre. Le mur de mon corps s'est évaporé en une constellation de gouttelettes microscopiques. J'ai appris le sens de l'eau salée, de l'abysse sous mes pied. Petit à petit je me suis transformée. De longs poils soyeux et blanc me sont sortis de tous les pores, mes  bras comme des nageoires.

    Je t'ai senti ondoyer sous mes pieds, tourner comme un fou sur un manège. Je t’ai senti inventer un courant tout autour de ma cheville, de mon ventre et de mon buste. La pointe de mon crâne. Mon corps s’est jalonné de bulles Je t’ai senti remonter telle une fusée et réapparaître sur le bleu de cette surface immense. Ton nez s'agitait et me reniflait. Ton eau sur mon museau. Tu sentais l'iode et l'huître, toutes les couleurs de ce courant électrique, de ce chant aquatique. J'avais tes oreilles. Tu étais Janvest, Janvest notre aquapin. D. J.
     

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