• un écran c'est si froid

    Sur mon bureau virtuel une invitation faîte de chair et d'os. Le poumon qui se gonfle avant de se vider en une ribambelle de mots. Un chuchotement à mon oreille. Des mots qui sonnent, des mots qui montent avec la légèreté déconcertante de l'air, là jusqu'au plafonnier qui le brasse.


    Des syllabes qui éclatent comme une bulle de savon. Le timbre d'une voix qui se forme dans l'arceau en plastique. Je plonge ma baguette dans le tube. Je souffle dessus. Délicatement. Je ne voudrait pas que la bulle se fendille. Elle gonfle et s'élève. Quelques autres en cortège.


    Et puis les voyelles que l'on imagine graciles, le corps  des consonnes que l'on devine fragile. Toutes ces images qui se forment derrière de simples lignes de code.


    Comme une enfant rêveuse, j'aimais plonger mes sens dans le papier relié. J'adorais voir se former les contours des lettres derrière lesquelles j'apercevais une colline masquée par un bosquet, la triste fumée d'un village isolé, quelques sous-bois aux frêles brindilles. Les senteurs enchanteresse des vallées ensoleillées où le thym et le laurier tiennent concert. Les baies colorées se balançant subtilement au sifflement rond des brises iodées. Le bruissement de l'automne en forêt. Le pin et le cerfeuille. L'églantine. J'adorais suer aux saisons des chaleurs moites et suffocantes. Ou bien encore percevoir l'odeur âcre et confinée des tentures qui se fanent avec la lourdeur des carcasses qui vieillissent. Celle des chambres sombres ou crasseuses des fétides pensions de famille. La couleur d'une soupe aux légumes le soir venu, le bruit sordide des bouches édentées qui aspirent le liquide. L'insupportable grésillement d'une mouche qui s'échine à trouver de l'air pur et qui se cogne et se re-cogne contre le verre usé d'une fenêtre aux montants écaillés. Le contraste. Le faste et les dorures de l'opéra ou du théâtre. Les cigarettes chères et usurpée, comme un majeur distingué. Les sublimes mousseline des toilettes vaporeuses aux aigreurs de camphre ou de teints poudrés. Au détour d'un hôtel particulier, la saleté que l'on dissimule sous les velours épais des salons badineurs. Le misérabilisme autant que la lumière d'un oeil plein d'espoir.


    L'invitation était là. Impatiente. Remontrante, même. Elle n'avait pas de contours précis. Ni d'âge, ni de connaissance qui aurait pu l'empêcher. Mais une couleur. Oui. Une couleur mélangée. L'invitation pesait son poids. Tout de même. Curieusement. Celui des grammes de son papier gaufré. Du 250. Autant dire, celui des jolies occasions. L'invitation n'avait rien de superflue. Alors je l'ai observé avec cette forme de respect déconcerté. Celui qui se lit sur le visage des hommes qui sont étrangers à de pareilles ferveurs.


    Le vert .................. Celui qui se lie derrière une pupille brune. J'ai fermé les yeux. Ca avait l'odeur de la pluie qui chante sur le pavé, celui des amphi centenaires cirés par des générations de jean's éculés. L'encre à peine séchée des mots que l'on prends à la volée. Ca sentait la couleur des livres jaunis que l'on use, les yeux plissés, en quête de savoir ou de grands secrets. Le panorama qui s'agrandit, le monde qui brille sous mille autres facettes. Et puis la douceur d'une mousse que l'on partage dans le café enfumé d'à côté. Brune ou blonde, la perspective d'un nouveau monde. La chaleur d'un thé pour avaler tant de papier. Les sueurs acides et le coeur palpitant des jours de bilan. Toutes ces nuits que l'on ne voit même plus passer, mais ces saisons qu'il nous est encore donner d'apprécier.


    Cette invitation à laquelle je devais une réponse. Aussi délicate et honnête. Cette invitation que je décline sur la pointe des pieds: mes sauvageries rêveuses. Mais une réponse qui n'a pas de clefs pour verrouiller. Une conviction : le bleu et le vert sont des couleurs qui s'accordent en balbutiant. Il n'est pas rare de trouver un peu de vert au fond du bleu mais les contours imprécis me conviennent.


    En espérant ne pas avoir crever la bulle. Un chuchotement.



  • Commentaires

    1
    La pelote de laine r
    Mercredi 4 Octobre 2006 à 18:34
    Lire
    ton chuchotement, comme on lit avec lenteur les mots d'une plume qui se délie pour ne pas trop en dire. Et donc, j'attendrai entre ces lectures latentes que les couleurs se prolongent dans leur nature respectives. Et puis qui sait, un jour, je les verrai se marier entre elles et donner un joli jaune. Doré comme la lumière. Comme celle au commencement d'un spectacle encore jamais apprécié. Au plaisir de tes pages bleues chère.
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