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  • Aux premières lueurs du soleil, ses yeux limpides. Un concentrée de vie qui me souriait, comme cela, sans aucune raison. Elle s'accrochait à mes lunettes, sans lâcher mes pupilles, sans quitter sa joie de vivre. Sa candeur infantile. Simplement me sourire, simplement me dire "bonjour" du bout des cils. Elle me trouvait rigolote, sans doute. Un peu extra-terrestre, sans doute aussi,  avec mon casque qui brillait autant que mon écharpe qui scintillait. Alors, je me suis laissée guider par sa simplicité marsienne. Je lui ai rendu avec autant de sincérité, le bonheur qu'elle m'offrait. Mes bronches se sont éclaircis, mon cœur est devenu léger dans ce Paris droïde. 


    Ce matin, aux premières lueurs du soleil, j'ai rencontrée une elphe. Elle avait cinq ans. Elle allait à l'école. Celle du savoir. J'ai souhaité que son cartable ne s'alourdisse pas au fil des connaissances accumulées, que ses dents ne pourrissent pas de s'être trop usées, que ses yeux ne se ternissent jamais du prix des illuions que l'on défait. Je lui ai souhaité de rester à jamais terrienne. Un casque et une écharpe qui brille. 

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  • Je l'ai éventré. Je l'ai éventrée et puis je l'ai mangé. Comme cela toute crue.
    La petite chronique du métro quelques années après.


    Chaque matin c'était pareil, descendre ici, stationner là, pas trop loin de la prochaine sortie. Les raccourcis. Les visages en goguette, comme les masques d'un défilé bien huilé. Parfois la folie de ceux qui y sont trop restés, coincés entre deux mondes. L'oeil s'use à regarder passer les vies pressées. Les heures qui ne connaissent ni les lueurs du jours, ni la fraîcheur de la nuit. Mais des néons sur les kilomètres d'un parcours balisé et automatisé. 


    Ce matin rien n'avait changé. Le métro était resté identique à celui qui m'avait rendue neurasthénique. Un oeil de brousse posé sur le vide de cette jungle mécanique. Les chaussures bien cirées comme si elles n'avaient jamais été portées. Je sentais le souffle chaud du sirocco, la poussière sèche et rouillée des terres trop arides pour être fertiles, les herbes roussies et immobiles. Sur ces chaussures lisses comme la surface d'un miroir, aucune histoire, si ce n'est celle d'un asile sans fenêtres ni barreaux. Cette forme de tristesse au fond de la pupille qui donnait de l'emphase au monde trop petit que l'oeil n'avait sans doute pas rêver de voir.


    Et puis les couloirs aux indications flous. Les mouvements de foule qui se croisait sans jamais se regarder. Parfois s'entrechoquait sans jamais s'excuser ou se pardonner.


    Une fois assise, la folie ordinaire d'un petit monde névrotique, là face à moi. J'ai regardé ses chaussures. Je commence toujours par les chaussures. Des lanières noires de mauvaise qualité mais savamment enchevêtrées pour compenser. Au sortir de ce buisson ordonné, des petits doigts boudinés. De tout petits morceaux de peau infâmes comme des étrons blanchis. Sur le reste d'ongles mal taillés, un émail vulgaire au reflet mordoré.


    Le sommet du crâne était dégarni, non pas de vieillesse mais d'usure.  Un visage angulaire au pores ternes et graisseux. Mon oeil continuait de fouiller. Comme à l'habitude des trajets répétés durant des années. 


    La fierté venait des mains. Son temps libre à elle, dédié tout entier au soin misérabiliste de ses ongles en résine. Mordoré. On aurait dit que c'était un rempart contre son propre oubli. Une petite porte ouverte sur ses envies. Ces ongles-là avaient la longueur d'une phalange, parfois plus. Ils avaient une touche d'arrogance à peine brillante. Etaient ils anarchistes ? Certains n'avaient pas su résister aux taches assommantes, où aux stress carnivores. Ils s'étaient fait arranger le portrait. Car il faut bien le dire, cette femme se rongeait les ongles jusqu'à l'os.  La résine ? Du verni pour se mentir. Alors ses mains, j'ai commencé à les voir comme la musique d'un orgue aux touches manquantes et désaccordées. Un sourire édenté. Je les imaginais serrant une pomme bien trop mûre pour être honnête. Elle avait un nez crochu et bosselé de pustules. Sur le papier illustré que je dessinait comme une aura autour de son visage, l'encre suintait toutes les aigreurs d'une vie que d'autres regardent les yeux posés sur le vide.


    J'ai eu hâte de descendre. Je me sentais suffocante. Comme du temps de ces années perdues à faire et refaire le chemin, tous les jours, toute l'année. J'ai changé de direction, j'ai pris un livre. Tout compte fait, je préfère la pollution et ma pétrolette qui ne dépasse pas les 40.
     
    Crédit photo : Nadav Kander 

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  • Sur mon bureau virtuel une invitation faîte de chair et d'os. Le poumon qui se gonfle avant de se vider en une ribambelle de mots. Un chuchotement à mon oreille. Des mots qui sonnent, des mots qui montent avec la légèreté déconcertante de l'air, là jusqu'au plafonnier qui le brasse.


    Des syllabes qui éclatent comme une bulle de savon. Le timbre d'une voix qui se forme dans l'arceau en plastique. Je plonge ma baguette dans le tube. Je souffle dessus. Délicatement. Je ne voudrait pas que la bulle se fendille. Elle gonfle et s'élève. Quelques autres en cortège.


    Et puis les voyelles que l'on imagine graciles, le corps  des consonnes que l'on devine fragile. Toutes ces images qui se forment derrière de simples lignes de code.


    Comme une enfant rêveuse, j'aimais plonger mes sens dans le papier relié. J'adorais voir se former les contours des lettres derrière lesquelles j'apercevais une colline masquée par un bosquet, la triste fumée d'un village isolé, quelques sous-bois aux frêles brindilles. Les senteurs enchanteresse des vallées ensoleillées où le thym et le laurier tiennent concert. Les baies colorées se balançant subtilement au sifflement rond des brises iodées. Le bruissement de l'automne en forêt. Le pin et le cerfeuille. L'églantine. J'adorais suer aux saisons des chaleurs moites et suffocantes. Ou bien encore percevoir l'odeur âcre et confinée des tentures qui se fanent avec la lourdeur des carcasses qui vieillissent. Celle des chambres sombres ou crasseuses des fétides pensions de famille. La couleur d'une soupe aux légumes le soir venu, le bruit sordide des bouches édentées qui aspirent le liquide. L'insupportable grésillement d'une mouche qui s'échine à trouver de l'air pur et qui se cogne et se re-cogne contre le verre usé d'une fenêtre aux montants écaillés. Le contraste. Le faste et les dorures de l'opéra ou du théâtre. Les cigarettes chères et usurpée, comme un majeur distingué. Les sublimes mousseline des toilettes vaporeuses aux aigreurs de camphre ou de teints poudrés. Au détour d'un hôtel particulier, la saleté que l'on dissimule sous les velours épais des salons badineurs. Le misérabilisme autant que la lumière d'un oeil plein d'espoir.


    L'invitation était là. Impatiente. Remontrante, même. Elle n'avait pas de contours précis. Ni d'âge, ni de connaissance qui aurait pu l'empêcher. Mais une couleur. Oui. Une couleur mélangée. L'invitation pesait son poids. Tout de même. Curieusement. Celui des grammes de son papier gaufré. Du 250. Autant dire, celui des jolies occasions. L'invitation n'avait rien de superflue. Alors je l'ai observé avec cette forme de respect déconcerté. Celui qui se lit sur le visage des hommes qui sont étrangers à de pareilles ferveurs.


    Le vert .................. Celui qui se lie derrière une pupille brune. J'ai fermé les yeux. Ca avait l'odeur de la pluie qui chante sur le pavé, celui des amphi centenaires cirés par des générations de jean's éculés. L'encre à peine séchée des mots que l'on prends à la volée. Ca sentait la couleur des livres jaunis que l'on use, les yeux plissés, en quête de savoir ou de grands secrets. Le panorama qui s'agrandit, le monde qui brille sous mille autres facettes. Et puis la douceur d'une mousse que l'on partage dans le café enfumé d'à côté. Brune ou blonde, la perspective d'un nouveau monde. La chaleur d'un thé pour avaler tant de papier. Les sueurs acides et le coeur palpitant des jours de bilan. Toutes ces nuits que l'on ne voit même plus passer, mais ces saisons qu'il nous est encore donner d'apprécier.


    Cette invitation à laquelle je devais une réponse. Aussi délicate et honnête. Cette invitation que je décline sur la pointe des pieds: mes sauvageries rêveuses. Mais une réponse qui n'a pas de clefs pour verrouiller. Une conviction : le bleu et le vert sont des couleurs qui s'accordent en balbutiant. Il n'est pas rare de trouver un peu de vert au fond du bleu mais les contours imprécis me conviennent.


    En espérant ne pas avoir crever la bulle. Un chuchotement.



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