• Curieusement la douche Crème Douceur de DOP me fait juxtaposer la géographie. Rien à voir pourtant avec les sels égéens. Aucune maison de pêcheur bleue violine adossée aux flots. Pas de ponton ni de bateau. Aucun pêcheur. Pas de poulpe. Décidément je suis nulle en géographie.

    Curieusement ce qui est important dans l'intitulé "Au Lait Végétal des Pyrenées", ce n'est pas lait, ce n'est pas végétal, ça n'a rien à voir avec les Pyrenées. Même si cela semble prometteur.

    J'ai acheté ma douche au Monoprix. L'eau était froide. Beaucoup plus froide que le bain juste avant au milieu de cette paisible anse. L'eau ruisselait sur mes seins bronzés. De l'eau à l'air libre balayée par les vents de septembre. De l'eau venue du ciel. Tourner le robinet un peu rouillé et puis ça y était. Regarder mes pieds sur la pierre ombragée. Apprécier. Fermer les yeux au contact des millions de gouttes en liberté. Retirer le sel avec du lait. Celui des Pyrénées. Recommencer autant de fois dans la journée. Cette douce pluie domestique proche d'une île désertique.

    Dans ce flaconnage blanc, des oursins ouverts à la fourchette, un poisson vide rendu à la mer, un chat ronronnant qui le guettait patiemment. Un poltron rayé, enroulé comme une boule entre les jambes d'une sieste parfois humide. Edgare. Le linge sur le fil, du ouzo au dessus des flots alanguis. La vie simple des tomates à tous les repas. L'ennui aussi, parfois. Se retrouver, essayer.  Les choix qui finalement ne se font pas. Le blanc séculaire érodé par l'écume. En septembre sa plénitude. Les fosses turquoises d'une civilisation où Venus venait probablement se baigner nue. Les poissons argentés suspendus à tout ce vide.... Mes pieds qui s'y sentaient hapés. Un poids mort pour mon bateau.

    Madeleine et Proust me font chier. Question de narine.
     
    Je garde en ma mémoire ces petits tas amassés sur ma plage, à l'ombre d'un Tamaris je les relis. Ils s'animent pour une odeur fugace. Une odeur dans une baignoire encadrée de rebords.

    Mais au fond, j'adore l'huile d'olive. Et les Pyrénées ne me font rien regretter. Leur lait m'attendrit avec une forme de nostalgie juvénile.


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  • La plateau était rouge. Carré.
    Pas bleu. Pas rectangle.
    Mais de ce rouge sombre et profond.
    Il n'exhibait aucune recette.
    Ni celle de l'amour, ni celle du cake.
    Il était plus ramassé, moins exubérant.

    Il avait des iris bleus. Pas rouge ni noir.
    Mais bleus. Un bleu qui tirait vers le gris.
    C'était un plateau en océanie.
    Le plateau d'un tout petit pays.
    Un île bordée de récifs.

    Il portait en toute simplicité les vitamine d'un fruit pressé,
    un peu de cassis et du pain.
    Du café. Une à trois tasse, pour déplier sa mine.
    C'était un plateau ravissant qui se posait avec sobriété sur mon lit défait.

    Délicieuse habitude.

    L'oreiller s'était réorienté. Pas au nord ni à l'ouest. Il préférait m'éveiller aux premières lueurs du soleil. Mes rêves tournés tout entier vers l'est.
    Mes yeux s'ouvraient sur ce bleu.

    J'adorais mon plateau sans conventions, ni recette. J'adorais ses couleurs et son goût.
    J'adorais mon plateau sans convention, ni recette.

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  • Non je ne sais pas lire dans le marc de café.
    Je n'y comprends rien à toutes ces traces.

    J'y vois des crocodiles et des souris chauves.
    Je ne sais pas s'il faut lire le noir sur le blanc
    ou deviner les vides dans les restes de faïence.
    Pour te dire, je ne sais même pas le faire bouillir ce café turc.
    Alors le futur.... Une récolte du présent ?

    Je mets un pied devant. Un pied et puis l'autre dans mon potager miné. C'est bien suffisant pour qui veut marcher honnêtement. J'essaie de conjuguer le présent avec l'avenir, mais je ne sais rien de ce futur latent. Je ne sais même pas s'il nous attend.

    Le futur est menteur. Il est versatile comme une femme dans un magasin de chaussures. Il est hâbleur. Gageur comme un joueur de poker. Une vie brune et barbue. D'accord pour une brune et poilue. Des enfants dans un champs d'olivier. Une robe blanche au milieu des grillons. Un ventre rond. J'ai fini par interroger les cartes. Mais le plus souvent elles sont tricheuses. Toujours une pour se cacher dans le revers du présent.

    Les temps, la conjugaison, la grammaire.... Tout est question de vocabulaire. Le plus dure c'est la concordance. Le laps ou l'éternité, celui qui n'existe pas encore faute de l'avoir inventer. J'adore l'imparfait,  par dessus tout, j'aime le composer au présent, y compris dans la lecture d'un café étranger.

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  • Mais ou étais-tu tout ce temps.

    Les pieds dans l'eau. Ce petit bateau ?
    Le sable entre les orteils. Cette brise fraîche ?
    De l'iode dans la tête.

    Du foin dans les oreilles. Le chant des oiseaux sur ton chignon ?
    Ta robe claire. Ta robe qui dansait autour de tes genoux ?
    Une marguerite au coin de ta bouche.

    La poussière d'un souk. Une saveur orientale ?
    Le langage d'un thé brun et l'odeur du pain.

    Ou étais-tu tout ce temps.

    Au fond de ta couette ?
    Sous un toit gris ?
    Au dessus des cheminées et des antennes paraboliques ?
    Avec les moineaux ?

    Oui. J'étais lovée en Afrique. Oui, j'étais partie en Turquie.
    Oui, j'ai fait un crochet à Téhéran et j'ai marché au Soudan.
    Et, tu sais quoi ? Je me suis promenée à l'anglaise avec une Cadillac crème. Au bord des galets j'ai nagé. J'avais cette longue robe noire. Cette robe d'une soirée. Sur mes clavicules une fibule.

    J'ai mis mon chapeau de paille, j'ai chaussé des lunettes même pas payées.
    Des lunettes de star prêtées par un anglais. Un lord affamé. Et j'ai nagé.

    Oui, je me suis caché dans tous les recoins de la terre, sous ce vortex, dans cette autre dimension. Oui, je me suis suspendue à cette corde et j'ai joué les funambules. Tu veux que je te dise, ça fait du bien de partir sans cartes, sans timbres et sans nouvelles.

    J'ai voyagé. Je ne me suis pas manquée. Surtout j'ai aimé. Ljubavi.
     
    crédit photo : Vava  Ribeiro

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  • Re

    Il y a cette sorte de rémanence, cet écho qui vibre et qui s'amplifie. Tu l'entends. Parfois je me duplique, je me multiplie. J'adopte cette forme si étrange. Quel jour sommes nous. L'année ? Aucune idée.

    Faut-il seulement que je le saches. S'agit-il de dater. C'est là et parfois ça revient. C'est comme le son le l'Afrique ou celui d'Athur H. Celui d'un serpent dans la savane. Le son de sa queue qui s'agite.

    Un mois de vacances. Ce matin je m'attendais avec cette batte. Comme cela au sortir du bois. Sans aucun détour, je me suis remise à ma place. J'avais le cœur qui battait. Quelque chose de terrorisée. Je crois que je n'y suis pas allée de main morte... Il faut y aller. Y retourner. Rien n'est terminé. Il s'agit de l'affronter.

    J'ai vu ce lapin gambader dans les fourrés, je l'ai suivi. Je me suis réfugiée dans son terrier. Au dehors j'entendais le chasseur qui me cherchaient. Il rodait. Au bout d'un moment il s'est éloigné. Le lapin m'a guidé. J'ai senti la rosée sur ma peau, l'odeur de la terre qui sort de sa torpeur le matin. Son odeur la nuit, sa sueur le jour. Le genévrier m'a camouflé. J'ai adoré galoper entre ses pieds, m'enfouir dans son épaisseur et soulever tout ce sable quand je lui échappais. J'ai vu un cavalier passer. J'ai entendu le travail du cuir, celui de la selle et de la sangle sur le flanc de l'étalon. Ses oreilles dressées vers l'avant. Nos regards ont du se croiser je crois. J'étais sage à présent.

    Hier j'ai vu l'argent allumer les hautes herbes. Une chevelure d'ange. La nature était mon lit. Le chasseur ne me traquait plus. Il m'attendait, au sortir du bois. Moi je regardait la cime des arbres se balancer doucement. Je prenais le temps de cette respiration, celui d'un bonheur pour mes yeux, un autre pour mes oreilles. De tout petits sons. D'infimes sons, qui m'emplissaient le corps. Mais cette rémanence aussi, qui s'est amplifiée quand le lapin est allé se coucher. J'ai pris le temps d'avoir la force.

    Le souvenir en écho d'un bal d'après la guerre, que je n'avais plus écouté depuis que la mienne a commencé. Mesurer le chemin, savoir que ce bal a déjà une histoire dévastée, qu'il est peut-être possible que ce soit une nouvelle étape, essayer de mettre des lampions à nouveau au milieu de tous ces débris, mesurer que tout ceci est si fragile. Deviner qu'un enfant n'est pas rien parmis les gravas, que son souffle ou son premier cri agit comme une bombe non loin de la douceur de mon bois, qu'il faut préserver sa tendre quiétude.

    Alors ce matin, j'ai chaussé mes bottes, ajustée mon pantalon. J'ai inspiré à fond. Je suis sortie du bois pour le défendre, le protéger. Il n'y a plus de place dans mon jardin pour les bombes que j'aurais oublier de déminer, pas plus pour des chasseurs qui m'attendraient à l'orée, les bouchers ou quelques autres sortes de monstre ne sont pas invités à siéger. J'ai fait cette promesse les doigts enlacés, pas croisés. J'entends la respecter.

    Alors réglons nos comptes. Je suis prête maintenant.

    Un oeil qui cligne, un index qui vibre : Volim te.

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