J’ai pensé mélanger les couleurs. Peindre du rose, y ajouter du jaune, obtenir du orange. Evidemment. Et puis trouver une nuance de bleu qui aille avec le vert. Un amiral ou un canard. J’ai pensé aux pigeons. Je me suis posée des questions au sujet de leur age. J’ai pensé à cet hôtel. J’ai pensé au cinéma qui lui répond. J’ai vu la folie slave d’un ours apprivoisé ou en liberté dans un " Hôtel du New Hampshire". J'ai pensé donner des conseil au "Buveur d'eau".
J'ai préféré cet immeuble niché entre les deux. L'hôtel et le cinéma. J'ai imaginé le septième et mon envie dissimulée entre deux lignes. Alors j'ai senti l'odeur du café. Dix minutes pour gommer mon énervement au sujet des pigeons. Préférer la pudeur discrète des moineaux, écouter le chant d'une hirondelle sur un balcon.
J’ai senti que la couleur n’avait plus d’importance. Que la virginité du blanc restait à inventer. Quelle était toute les couleurs à la fois, tous les styles aussi. Qu’il fallait prendre le temps. Celui de réapprendre sans autre référence. Le temps d'apprendre à aimer. Le prendre et l'apprivoiser.
J’ai changé les draps. J’ai reproduit ce geste cent fois répétés autrefois. Un coin et puis l’autre. Au premier arrivé. La couette que l’on agite et que l’on ajuste. La pesanteur de ce souvenir dans les replis du coton. Une plume pour un canard. Décidemment je ne tient pas à connaître l’age des pigeons. Je veux entendre le chant des oiseaux, celui du vent dans mes mèches, le goût d’un désir sur mes lèvres.
ref. John Irving