Mais ou étais-tu tout ce temps.
Les pieds dans l'eau. Ce petit bateau ?
Le sable entre les orteils. Cette brise fraîche ?
De l'iode dans la tête.
Du foin dans les oreilles. Le chant des oiseaux sur ton chignon ?
Ta robe claire. Ta robe qui dansait autour de tes genoux ?
Une marguerite au coin de ta bouche.
La poussière d'un souk. Une saveur orientale ?
Le langage d'un thé brun et l'odeur du pain.
Ou étais-tu tout ce temps.
Au fond de ta couette ?
Sous un toit gris ?
Au dessus des cheminées et des antennes paraboliques ?
Avec les moineaux ?
Oui. J'étais lovée en Afrique. Oui, j'étais partie en Turquie.
Oui, j'ai fait un crochet à Téhéran et j'ai marché au Soudan.
Et, tu sais quoi ? Je me suis promenée à l'anglaise avec une Cadillac crème. Au bord des galets j'ai nagé. J'avais cette longue robe noire. Cette robe d'une soirée. Sur mes clavicules une fibule.
J'ai mis mon chapeau de paille, j'ai chaussé des lunettes même pas payées.
Des lunettes de star prêtées par un anglais. Un lord affamé. Et j'ai nagé.
Oui, je me suis caché dans tous les recoins de la terre, sous ce vortex, dans cette autre dimension. Oui, je me suis suspendue à cette corde et j'ai joué les funambules. Tu veux que je te dise, ça fait du bien de partir sans cartes, sans timbres et sans nouvelles.
J'ai voyagé. Je ne me suis pas manquée. Surtout j'ai aimé. Ljubavi.
crédit photo : Vava Ribeiro